
Petit hameau situé au bord de l'eau, sous le village d'Aiguèze, le Borian est aujourd'hui sur le point de disparaître. Seuls quelques pans de murs témoignent encore de la présence de cet ancien habitat. On trouve différentes interprétations et orthographe de ce toponyme.
Pour certain Borian serait issus du mot Borie, c'est-à-dire ferme, on donne aujourd'hui cette appelation aux capitelles. Pour d'autre Borian voudrait tout simplement dire “nous boirons” en parlé local, ceci en faisant référence au fait qu'étant situé au bord de l'eau ce hameau
avait à subir les caprices de l'Ardèche. Quant à l'orthographe on trouve Borian, Bourrian, Embourrian. Mais l'interprétation la plus poétique nous est donné par un ancien prieur de Saint-Martin qui nommait ce hameau "le bourg riant". Peut-être trouvait-il les habitants de ce lieu
particulièrement joyeux, pourtant comme nous allons le voir la vie n'y était pas des plus facile.
Le Borian faisait bien sûr partie, avant la révolution, de la communauté d'Aiguèze, mais appartenait à la paroisse de Saint-Martin-de-la-Pierre. C'était un énorme désavantage pour les habitants de ce lieu qui se trouvaient contraint d'aller à l'église de Saint-Martin pour tous
les actes religieux tels que baptêmes, mariages ou enterrements. Les nouveaux nés, que l'on baptisait généralement le lendemain de la naissance, devaient être transporté par tout temps au moyen d'une barque jusqu'à ce village. On image tout le pathétique de la scène lorsque
la naissance avait lieu en plein hiver!
La plupart des habitants du Borian pratiquaient la pêche, activité très reglementée qui fera l'objet d'un autre article. Ils étaient également cultivateurs et possédaient des terres sur les deux rives, activité beaucoup moins facile à exercer à cause de la situation géographique du site.
A une centaine de mètres en aval du Borian se trouvait le “Guet du Borian”. Antique passage qui permettait de traverser la rivière sans trop se mouiller. Ce guet marquait la limite de deux droits de pêche différents: En amont celui appartenant aux Chartreux de Valbonne et en aval celui du
baron d'Aiguèze. Il est à noter que le baron d'Aiguèze possédait le droit de pêche au-dessus de Castelviel, lieu où finissait celui des Chartreux.
Pour accéder au Borian à partir du village d'Aiguèze il fallait passer le “Portail de l'escale”. Ce portail qui abritait un poste de guet fut détruit vers 1940. De là un sentier non carrossable descendait au hameau. Comme nous le signale la délibération de 10 février 1850 cet accès était
un des plus utile à la commune: “Le maire expose que depuis longtemps on a reconnu que le chemin du Bourian se trouve tellement dégradé que dans peu il va devenir inaccessible. Cependant il n'en existe aucun autre qui soit plus nécessaire. Ce chemin est fréquenté par tous les habitants et
journellement. Ce n'est qu'à la rivière d'Ardèche que les habitants vont blanchir leur linge. Si ce chemin était réparé les bêtes à dos pourraient y passer et traverser la rivière à certaine époque de l'année pour aller à Saint-Martin.” Quelques années plus tard le parcours de ce chemin
fut modifié et entièrement caladé en escalier en pente douce.