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Démographie
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La démographie historique est une science jeune, les premières études sérieuses ne débutèrent que dans les années 1950. Sur Aiguèze aucune étude de la population n'avait encore été menée et seuls les recensements étaient à notre disposition pour évaluer les fluctuations de population.
Plusieurs outils permettent d'étudier les populations au fils du temps, tout d'abord les registres paroissiaux jusqu'à la révolution, remplacés ensuite par les registres d'état civil, les compoix terriens et cabalistes, les rôles de taille, les matrices cadastrales et autres documents d'impositions. Durant l'ancien régime les recensements de la population ne se font que par unité familiale : les feux.
La fonction principale de ces recensements de la population étant bien sur la répartition des impositions sur chaque chef de famille. Il faut attendre le début du XIXe siècle pour qu'apparaissent les premiers recensements par individus.
Durant une très longue période de notre histoire le nombre d'habitants en un lieu donné était directement proportionnel à la superficie de l'ager. On peut encore aujourd'hui en reconnaître l'effet. C'est ainsi par exemple que la population de Laval-Saint-Roman a toujours été plus faible qu'à Aiguèze. Sur Aiguèze, comme sur de très nombreuses communes, il n'est possible d'étudier la démographie que depuis le milieu du XVIIe siècle.
Ce n'est en effet que depuis 1668 que les registres paroissiaux sont tenus avec plus ou moins d'exactitude sur notre commune. Avant cela seuls quelques documents d'impositions nous permettent d'en évaluer les contours. Ainsi est-il possible de dire qu'Aiguèze comptait environ 115 feux en 1545. Si l'on admet quatre à cinq personnes par feux on obtient une population d'à peu près 515 habitants, chiffre très approximatif.
Aiguèze connut durant la seconde moitié du XVIe siècle un véritable bouleversement au sein de sa population. Les guerres de religion et la peste en sont les principales causes. Il fallut établir trois compoix terriens durant cette période pour pouvoir asseoir correctement les impositions. Au contraire, et à titre d'exemple, le compoix de 1598 ainsi que plus tard celui de 1734 servirent durant plus d'un siècle chacun, synonyme d'une certaine stabilité dans les familles en place.
La population jusqu'à la fin du XIXe siècle est caractérisé par la grande fragilité des ménages et l'énorme mortalité infantile. Il existe en effet de nombreuses familles recomposées par fautes du décès prématuré de l'époux ou de l'épouse. On note également une très forte représentation d'enfants en bas âge dont une grande partie n'attendra jamais les cinq années. Les personnes âgées sont par contre sous représentées et dépasser les quatre-vingt ans est un évènement relativement rare.
Seul Louis Delarque, décédé en 1783 est qualifié de centenaire, mais les sources manquent pour confirmer la véracité du fait.
Les mariages
De 1668 à 1800, et dans quarante-cinq pour cent des mariages, les futurs conjoints sont tous deux originaires d'Aiguèze (endogamie). Dans dix pour cent des cas l'un des conjoints est originaire de St Martin d'Ardèche. Dans deux pour cent des cas l'un des conjoints est originaire de Laval-Saint-Roman. Le reste se répartissant sur les autres villages aux alentours, très rarement au-delà des vingt kilomètres. A noter que les mariages entre gens d'Aiguèze et de Saint Martin chutent
à 3,4% après la révolution, peut-être à cause des tensions créées par la séparation de la communauté en deux communes distinctes. L'endogamie signale les couples qui vont s'installer à Aiguèze et bien souvent reprendre l'expoitation familiale. L'exogamie est plus complexe à cerner, la tradition voulant que se soit l'homme qui aille se marier dans la paroisse de la femme, de très nombreux couples mariés sur Aiguèze vont vivre ailleurs, dans le pays d'origine du marié.
Au contraire de nombreux hommes originaires d'Aiguèze vont se marier dans d'autres paroisses limitrophes et fondent une famille sur Aiguèze. Cette dernière catégorie étant plus difficile à évaluer, obligeant un repérage systématique de toutes les familles vivant sur la période considérée ou bien à un dépouillement des communes avoisinantes. Les mariages sont conditionnés par le niveau social et impliquent que l'on aille chercher son futur conjoint d'autant plus loin que l'on ait d'autant plus riche !
C'est ainsi qu'en 1633 Gervais Durieu, notaire à Aiguèze,appartenant à une des familles les plus aisées du village, dû aller chercher chaussure à son pied à St André de Cruzières. Ces mariages se font bien sûr avec l'approbation de la famille. Il est spécifié dans tout contrat de mariage que celui-ci a lieu avec l'autorisation des parents, s'ils sont en vie, ou parfois de quelques coqs du village affirmant que la dite union est très sortable.
Le nombre de mariage sur Aiguèze a toujours été faible et n'a jamais atteint les dix unions. Seules les années 1832 et 1847 culminent à neuf unions. Bien souvent aucune union n'est célébrée dans l'année. Il n'y a rien d'anormal pour une petite commune comme Aiguèze. On constate également que la fluctuation des mariages n'est pas toujours en harmonie avec le nombre de naissances comme on pourrait s'y attendre. C'est ainsi que les années qui comptent le plus d'unions,
c'est-à-dire durant la seconde moitié du 19ème siècle, se trouvent en pleine chute démographique. On quitte donc le village pour trouver mieux ailleurs !
Comme cela a été dit précédemment, les unions durent souvent très peu et les vieux couples ne sont pas de règle! A titre d'exemple, Jeanne Allauzen, née à Aiguèze en 1672, se marie en 1693 avec Pierre Rourret. Pierre décède trois années plus tard sans descendance. Jeanne se remarie en 1698 avec Antoine Bernard de St Martin, mais décède à son tour seulement cinq années cette seconde union. Il ne s'agit là en aucune façon d'un cas isolé et les exemples similaires fourmillent.
Malgré cela, au milieu de cette hécatombe surgissent quelques fois certains couples atypique. Ces couples, souvent mieux lotis financièrement que les autres et ayant passé à travers les coups du destin, réussissent à bâtir des familles nombreuses et surtout viables ! C'est ainsi, et il s'agit d'un cas relativement rare sur la communauté, que Jean Pradier, né vers 1700 au mas de Sauze, et Élisabeth Gauthier eurent sept enfants qui allèrent jusqu'au mariage. Par la force des choses ces couples
atypiques sont les ascendants d'une grande partie des actuels habitants de la commune. C'est pour cela qu'il ne faut pas commettre l'erreur d'étudier les familles en remontant notre propre ascendance, car nous sommes tous issus d'une certaine élite. Établir une ascendance c'est avant tout faire connaissance avec une sacrée bande veinards!
Naissances et décès
Il faut oublier toutes les notions que nous avons aujourd'hui pour comprendre ce qu'était la vie d'autrefois. Ainsi les tendances étaient complètement inversées et il y avait de véritables caps à passer pour espérer survivre. Aujourd'hui il nous paraît tout à fait normal de voir les chances de survie diminuer avec l'âge, il ne s'agit pourtant pas là d'un effet naturel. Si l'on analyse les décès survenus sur Aiguèze entre 1732 et 1800 on constate que la première année de l'existence était la plus difficile à traverser.
La naissance et les premiers mois étaient donc à haut risque et peu d'enfants en réchappaient. La seconde période difficile se situe entre la première année et la cinquième. Une fois de plus on assiste à une véritable hécatombe, la plupart des enfants succombant aux diverses maladies infantiles.Entre 1735 et 1749 il y eut 238 naissances pour 271 décès. 141 de ces décès concernent des enfants de moins de dix ans. 65 enfants avaient moins d'une année. Seuls 41% des enfants nés durant cette période franchiront le cap des dix années.
Les courbes de naissances et décès sur Aiguèze durant la période 1668 à 1900, sont très représentatives de l'évolution de la population sur notre commune. On relève une augmentation progressive de celle-ci pour atteindre un maximun durant les années 1820. C'est en effet le recensement de 1826, avec 735 individus, qui enregistre la plus forte population sur le village. Entre 1826 et 1831 la commune allait perdre près de deux cents habitants! Il s'agit d'une chute exceptionnelle que l'on ne retrouve sur aucune autre commune aux alentours.
Les causes de cette chute sont difficile à cerner. Toujours est-il qu'une bonne partie de la population quitte la commune pour aller chercher subsistance ailleurs.
Lou Récataïre
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