Le moulin de Saint-Martin-de-la-Pierre



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Après le moulin de la Roquette, dont nous avons pu découvrir l'historique dans le précédent bulletin, traversons maintenant l'Ardèche et rendons-nous à St Martin à la découverte du moulin de la communauté.
Comme dit précédemment, il y avait sur St Martin, avant la révolution, deux moulins: Le moulin appartenant au seigneur situé en bordure d'Ardèche, et le moulin appartenant aux habitants de St Martin. Bien que faisant partie de la communauté d'Aiguèze, les habitants de St Martin avaient acquit une certaine indépendance vis-à-vis de cette dernière. Il leur était en effet possible de régir certaines affaires sans l'aval des consuls et conseillers d'Aiguèze. Pour une plus grande commodité dans la petite industrie engendrée par le commerce de l'huile d'olive, les habitants de St Martin décidèrent en 1654 d'établir un moulin aux dépends de la communauté. Par délibération du conseil de St Martin du 11 octobre de la même année il fut décidé d'établir le moulin dans une bâtisse appartenant à Claude Dubois. Cette bâtisse était située au Sablas à côté du cimetière (Actuellement restaurant “Vanille et Chocolat”)
Aux termes de cette délibération, Claude Dubois s'obligea, lui et les siens à l'avenir, à entretenir perpétuellement le moulin pour le rendre propre à fonctionner. Il fut également convenu que pour chaque "prinsade" d'olive les habitants lui délivreraient la somme d'une livre cinq sols. Les habitants étaient tenu pour leur part de nourrir les ouvriers employés au moulin.
Claude Dubois décéda peu de temps après. C'est sa fille Jeanne qui hérita du moulin. Jeanne Dubois, qui était veuve de Guillaume Jullien de St Martin, se débarrassa très vite de l'encombrant héritage. Par acte de vente du 21 novembre 1659 Pierre et Claude Suau, frères de St Martin, prirent possession du moulin avec toutes les obligations qui s'y rattachaient. Le moulin fonctionna ainsi durant quelques années sans qu'il n'y ait, semble-t-il, de protestations de part ni d'autre.
En 1679, après le décès des deux frères Suau, Olivier, fils du dit Pierre, refusa d'entretenir le moulin sous prétexte que la somme d'une livre cinq sols pour chaque "prinsade" était devenu dérisoire. Au grand préjudice des habitants, le moulin fut hors d'état de fonctionner cette année là. Il fallut donc se rendre à Aiguèze pour presser les olives.
Le 17 novembre 1680, les habitants de St Martin se réunissent à la sortie de la messe dans le cimetière. Jean Meycelle, consul du lieu, après avoir exposé l'historique du moulin et les obligations dont était tenu pour l'heure Olivier Suau, “protesta contre iceluy de tous dépens, dommages et intérêts que les habitants pourraient souffrir de présent et à l'avenir”. De son côté, Olivier Suau averti les habitants qu'il allait "détruire le moulin et qu'ils n'avaient qu'à aller faire moudre et presser leurs olives où bon leur semblera”.
“Après beaucoup de conférences” entre les habitants et Olivier Suau, ce dernier offrit de remettre le moulin en état de marche contre deux pots d'huile par “prinsade”. Sous cette condition il s'obligeait, lui et les siens à perpétuité, à entretenir le moulin et à le rendre propre à presser les olives de tous les habitants de St Martin. N'ayant pas d'autre choix les habitants acquiescèrent.
Le 20 novembre 1680 Jean Meycelle, consul de St Martin, Jean Rourret, Jean Sarouille et Olivier Suau se rendirent à Pont St Esprit pour enregistrer cette nouvelle convention. Ils s'assemblèrent dans la maison d'André Valérian, docteur en droit en la dite ville, et par-devant Charles Durieu notaire à Aiguèze. De nouvelles bases furent posées et le moulin se remis aussitôt à fonctionner.
Quatre jours plus tard, les habitants de St Martin s'assemblèrent à nouveau dans le cimetière du lieu pour tenir délibération. Pour aider Olivier Suau à remettre le moulin en état, il lui fut donné la somme de sept livres dix sols. On en profita également pour ratifier la convention passée à Pont St Esprit "sans pouvoir y renoncer pour quelques causes et prétextes que se soit”. Le moulin fonctionna ainsi durant quelques années.
Sur le compoix de 1734, à la côte de Sieur Pierre Suau, greffier consulaire et fils d'Olivier, on relève: "Plus une finière avec un vieux moulin d'huile à St Martin la Pierre faisant escaire, confrontant du levant et bise les chemins, du couchant maison cour et jardin de Jean Meisselle et jardin de Jean Ramière, du marin sablas de la communauté, contenant vingt-sept cannes, présage deux sols trois deniers”. La qualification de “vieux moulin” laisse supposer que celui-ci ne fonctionnait plus depuis assez longtemps. Il est raisonnable de penser que le moulin à huile cessa de fonctionner après le terrible hiver de 1709, hiver qui entraïna la perte de tous les oliviers dans la région. Pierre Suau, puis Joseph son fils se crurent débarrassés des obligations dont ils étaient tenus envers les habitants de St Martin. Quelques années plus tard, Joseph Suau vendit le moulin en deux lots. Une partie à Martin Bondurand son beau-fils pour la somme de 350 livres et l'autre partie à Pierre Pradier pour 192 livres. Malheureusement on s'était remis à planter des oliviers et les récoltes de plus en plus abondantes commandaient d'ouvrir à nouveau le moulin commun. Les habitants de St Martin se trouvèrent donc confronté à un problème majeur: Comment remettre au goût du jour une transaction vieille de plus d'un siècle? Et puis le moulin à qui appartenait-t-il vraiment, a la communauté ou à Joseph Suau? Dans la seconde hypothèse avait-t-on le droit de vendre un bien appartenant à la communauté?
Le 7 décembre 1766 les habitants de St Martin se réunissent "à la chambre des écoles" pour délibérer. Les absents ayant été dûment “appelés et convoqués en la manière ordinaire au son de la cloche”. Jean Ramière, ancien consul, expose à l'assemblée le besoin urgent d'ouvrir le moulin commun et l'impossibilité de le faire. Il fut rappelé qu'aux termes des anciennes transactions le propriétaire du moulin était dans l'obligation de le céder à la communauté dans le cas ou il ne voudrait plus l'entretenir. “Cependant Sieur Joseph Suau, on ne sait sur quel fondement, a trouvé à propos contre toute sorte d'équité ou de raison d'aliéner les membres et bâtiments dudit moulin… Les actes et surtout les transactions qui assurent la foi publique doivent être gardés religieusement et scrupuleusement, ils doivent s'exécuter et sortir à effet selon leur forme et teneur. C'est très mal à propos que ledit Suau a vendu ledit fond et il n'est pas juste qu'il profite de son entreprise…” Le conseil décida donc de poursuivre Joseph Suau en justice pour remettre la communauté dans son droit. Jean Suau de Sauze fut nommé syndic de la communauté afin de conduire l'affaire devant le sénéchal.
Faute d'avoir pu trouver d'autres documents nous ignorons comment se termina l'affaire. Toujours est-il que sur la “livrette” de la communauté d'Aiguèze couvrant la fin du 18ème siècle on retrouve le moulin divisé en deux et entre les mains de Pradier et Bondurand. Il est donc peu probable que la communauté ait gagné le procès…

Lou Récataïre



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