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La Grotte Chabot
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Compte rendu de Paul Raymond à la fin du 19ème siècle
"A deux kilomètres en amont du village d’Aiguèze s’ouvre sur la rive droite de l’Ardèche, à quinze mètres au-dessus du lit habituel de la rivière, la grotte de Jean-Louis ou de Chabot.
Cette grotte, qui a été explorée par plusieurs collectionneurs, est située à la partie terminale des gorges de l’Ardèche, en face de la grotte magdalénienne du Figuier que j’ai décrite ailleurs, mais qui
située sur la rive gauche de la rivière, dans le département de l’Ardèche, ne trouvera pas place, en conséquence, dans ce travail.
La grotte de Jean-Louis s’ouvre sous un rocher à pic, d’une trentaine de mètres de hauteur. Celui-ci forme avec le sol un angle rentrant, d’où une sorte d’abri qui précède la grotte proprement dite. L’abri
sous roche comme la grotte, ont été habités, mais, par suite de fouilles mal dirigées par des amateurs inexpérimentés, il est devenu à peu près impossible, de faire quelques trouvailles dans une grotte, qui a, d’ailleurs,
été murée pour servir de bergerie. La grotte orientée au nord-est, a 30 mètres de longueur, 3,50m de largeur, 2,50m de hauteur.
Ainsi que je le disais, le sol de la grotte a été profondément remanié aussi bien par des amateurs que par le propriétaire de la grotte, qui, chaque année, enlève le fumier du troupeau qu’il y enferme; je n’ai trouvé
pour ma part, au milieu de ces terres remaniées, que quelques silex d’une belle patine blanche, mélangés à des ossements de boeufs, de cheval et de renne. Mais les fouilleurs s’étant arrétés à l’abri sous roche,
j’ai pu, dans un sol vierge, pratiquer des fouilles dont voisci la coupe interéssante:
1 - Une couche de débris actuels, ces grottes servant d’abri, aujourd’hui encore, aux bergers de la région.
2 - Une couche gallo-romaine; ces deux couches ayant une épaisseur totale de 0,20m et caractérisées par les vestiges les plus typiques. Dans la couche romaine j’ai pu trouver une monnaie de petit bronze à l’éffigie de Constantin.
3 - Une couche de pierre plates en calcaire néocomien, formation de la région. Cette couche peut être évaluée à 0,05m environ.
4 - Une couche de cendre immédiatement au-dessous de la précédente, même épaisseur.
5 - La couche magdalénienne à silex et ossements, de 0,25m.
6 - Une deuxième couche de pierres plates d’environ 0,10m.
7 - Un dépôt d’argile sablonneuse, de 0,05m de puissance.
8 - Le rocher ou sol naturel.
 A droite, Ribeyrol et la grotte Chabot.
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 Vue d'aval.
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L’épaisseur totale de la fouille était donc de 0,70m environ.
Cette constatation d’une couche de pierres plates au-dessus du sol est d’un intérêt majeur. C’est la seule grotte, d’ailleurs, où j’aie pu relever une telle disposition. Nous verrons que dans une grotte sépulcrale (Tresques),
néolithique cette fois, les ossements reposaient sur une couche de pierres plates au-dessus de l’argile, comme dans la grotte de Jean-Louis; il est curieux de rencontrer chez ces populations paléolithiques puis néolithiques, les mêmes errements.
Dans la grotte de Jean-Louis, la raison en est évidemment un filet d’eau qui, glissant sur l’argile du sol, devait le transformer en un véritable bourbier. Nous avons vu qu’au-dessus de la couche magdalénienne existait un foyer de cendre recouvert
à son tour par une autre couche de pierres plates, mais on ne peut rapporter cette dernière couche à l’époque néolithique. A ce moment la grotte de Jean-Louis n’a pas été habitée et je n’y ai trouvé ni un instrument de type néolithique, ni le moindre fragment de poterie.
Il est vraisemblable que cette couche de pierrailles ne remonte qu’à l’époque gallo-romaine.
Les objets qui ont été receuillis à la grotte de Jean-Louis sont en silex profondément cacholonné; ce sont des lames allongées et souvent retouchées, des grattoirs, des racloirs, des bureins, etc., qui suffiraient, par leur ensemble morphologique,
à classer cette grotte parmi les magdaléniennes. Les ossements de renne viennent confirmer cette impression.
Ce sont d’abord des bois de renne, puis des mâchoires brisées en trois et quatre fragments, pour en extraire la moelle. Ainsi que le fit remarquer M.G.de Mortillet, lorsque je présentai ces pièces à la société d’Anthropologie (17 mars 1892), leur mode
de cassure est tout spécial. Les Magdaléniens aimaient beaucoup sucer les matières muqueuses qui se trouvaient au-dessous des dents. Pour satisfaire leur goût, ils cassaient toujours les maxillaires longitudinalement. On trouva aussi des canons de renne brisés dans la même
intention, puis des os longs egalements brisés longitudinalement, et cela comme les canons et os longs trouvés dans la grotte de Soyons, dans l’Ardèche, par le Cne Lepic. Ce sont là encore les vestiges que j’ai trouvés dans la grotte magdalénienne du Figuier,
située en face de la grotte Chabot, mais de l’autre côté de la rivière d’Ardèche, sur la rive gauche et dans le département de l’Ardèche par conséquent. Ces grottes se complètent et elles onté été évidemment habitées par la même population. J’ai fait ressortir le mélange,
dans ces deux grottes, de pièces appartenant par leur morphologie aux époques moustériennes et magdalénienne, et si dans la grotte du Figuier, leur niveau respectif apparaissait, en un point du moins, assez distinct, on peut dire, cependant, d’une façon générale,
qu’il s’agit d’une même époque avec survivance de type industriels, et que cette époque est celle de la Madeleine.
Nous avons fait pour la grotte d’Oullins semblable remarque.
L’une des particularités les plus interessantes de cette grotte, consiste en une série de traits gravés sur les parois et sur la nature desquels il est assez difficile de se prononcer. Je ne saurais mieux faire que de transcrire ici la note que j’avais présentée sur ces gravures
à la société d’Anthropologie en 1896. Cette communication fut faite à l’occasion de la découverte par M.Rivière de dessins gravés en creux sur les parois de la grotte de la Mouthe, dans la Dordogne. M.Rivière y avait reconnu la représentation d’animaux (boeuf et cheval)
par des traits repassés ou non à l’ocre, puis une série de stries sans signification apparente.
Il existe précisément, disais-je, sur les parois de la grotte Chabot, des gravures analogues. Je connaissais depuis longtemps ces gravures, bien connues aussi, d’ailleurs, des palethnologues de la région, mais pas plus autrefois qu’aujourd’hui encore, je n’étais fixé sur leur valeur
et leur date d’exécution. J’avais bien lu, dans la France préhistorique de M.Cartaillac, que les parois de certaine grottes portent souvent une multitude de lignes dirigés sans ordre et dans tous les sens; qu’il y quelques fois des traits réguliers qu’on pourrait considérer comme
destinés à rappeler un nombre ou une série de faits. Mais je ne sais à quelles frottes l’auteur a fait allusion. En 1889, M.Chiron, instituteur à Saint-Just-d’Ardèche, adressa à la société d’Anthropologie de Lyon une note sur ces dessins. Il avait cru y reconnaitre un arc tendu,
des oiseaux et cinq ou six personnages enchevêtrés. Je n’y avais jamais rien vu de semblable et, en 1891, une délégation de l’Académie de Vaucluse à laquelle appartient notre collègue, M.Nicolas, n’y voyait rien de plus, à son tour, qu’une série de lignes gravées grossièrement,
sans esprit de suite et d’assemblage bizarre. Il semble que M.Chiron ait, dans la suite, jugé autrement des choses, car dans une publication postérieure il est beaucoup moins explice.
Ce sont en somme des traits gravés en creux, à une profondeur d’environ 0,005m que l’on trouve. Ces traits sont verticaux, d’autres viennent couper obliquement et sous des angles plus ou moins aigus, si bien qu’il en résulte de véritables hachures. En un point existe une étoile
et il est étonnant qu’elle n’ait pas été signalée, car c’est réellement la figure la plus décisive. Certains de ces traits dépassent 0,50m de longueur. Il een est qui sont recouverts, comme à la Mouthe, d’une couche de stalactite.
Par qui ont été gravés ces traits curieux, car l’appelation de dessins serait bien prétentieuse?
Est-ce bien par les hommes qui ont habité cette grotte à l’époque de la Madeleine? Je ne sais..."
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