“Cette rebellion naquit de l’excès des impôts d’alors, dont le plus impopulaire la gabelle du sel montait à huit gros d’argent par quintal de sel. Les tuchins, hommes du peuple, prirent à coeur de faire cesser en languedoc cet impôt que Charles V venait de révoquer. Ils commencèrent par organiser une émeute à Saint Saturnin du Port, ou Pont Saint Esprit, où était le grenier à sel. Ils brisèrent les mesures du sel et
firent livrer celui-ci sans gabelle. Ils luttèrent aussi contre les seigneurs qui connivaient avec l’Anglais et s’emparèrent de leurs châteaux. Dès le printemps 1382 Bagnols fut un centre et comme une place des Tuchins, les quatre chefs de ceux-ci étaient originaires de la ville ou des environs: Verchière de Bagnols, Bernard Régis de Saint Michel d’Euzet, Ferragut du Pin et Vachon de Pont Saint Esprit. Ont vit les
tuchins au nombre de six cents un jour à Uzès, peu après ils se comptaient neuf cents réunis à Aiguèze, tant de Bagnols que d’Uzès. Revêtus de la jacques blanche, que serrait un cordon rouge, armés et équipés, sonnant de la trompette du cornet et de la cornemuse. Au début de septembre 1382 ils prirent le château d’Aiguèze, appartenant au visiteur de la gabelle Biordon, de Pont Saint Esprit, parceque ce noble parvenu
persistait à lever la gabelle malgré l’ordre royal contraire. Le complot était ourdi par Ange Artaud dit “los gos” (le gueux, Artaud était un serviteur de Biordon) et les gardes étaient de connivence. Fin août Dom Jean Paumier vit Ange Artaud avec les tuchins de Bagnols, les encourageant à s’emparer du château. Les gardiens de ce dernier, le bayle Etienne Astier, le clerc Godefroi et un nommé Barnouin étaient en train
de jouer aux tables quand arrivèrent une centaine de tuchins commandés par Régis Ferragut, Verchière et Vachon. Le bayle Astier se fit tuchin sous le faux nom de Perrin Bouchard. Dans la suite les gendarmes du sénéchal le capturèrent près de Vézenobres où ils le pendirent à un amandier. Une fois maītres du château d’Aiguèze , les tuchins se partagèrent le butin, chacun reçut trois salmées de blé qu’ils transportaient
à Salazac, Saint Michel d’Euzet, Saint Gervais et au couvent des Cordelliers de Bagnols. Maistre de Saint Gervais et Bourgogne de Saint Michel en logèrent chez eux de grandes quantités. Bourgogne en gardait une grande urne pleine d’une capacité de sept ou huit salmées. On voit encore ce magnum dolium antique, de dimension extraordinaire, au château de Saint Michel. L’occupation du château d’Aiguèze provoqua une forte
réaction de la part des seigneurs voisins qui usèrent parfois de sanglantes représailles. Le seigneur Gaudonnet répandait la terreur autour de Bagnols au point que les agriculteurs n’osaient plus sortir pour aller à leurs champs, les vignes ne purent être taillées pendant deux ans. Le village de Saint Gervais souffrit particulièrement des gens d’armes de Gaudonnet. Les bourreaux de Gaudonnet arrachèrent les oreilles
à Jean Maistre de Saint Gervais qui avait été à la prise du château d’Aiguèze et recelait chez lui du blé provenant de ce château, blé que l’on revendait un franc la salmée. Mais les tuchins se livraient au jeu du hasard, vivaient de rapines plus que d’aumones, fréquentaient la maison de tolérance et promenaient en ville des filles légères. Ils finirent par se rendre détestable. Rencontrant sur la route Bernard Gervais,
habitant de Bagnols, ils le firent prisonnier parcequ’il avait révélé jadis la présence de dix salmées du blé à Aiguèze chez Maistre à Saint Gervais. Le Château d’Aiguèze avait été récupéré par la force des armes en décembre 1383. Restait à récupérer ceux de Sabran et de Cornillon. Des députés du pape d’Avignon et du conseil royal arrivèrent à Bagnols au printemps 1384 afin de traiter avec les chefs tuchins. Ils se
nommaient Jacques Rebuffe de Montpellier, Jean Cazagnac de Nīmes, Salvator Pelet d’Alès, Barthélémy Cardinal de Lunel et Salvator Raynaud de Sommières, accompagnés de Jean André de Bagnols. C’est en l’hôtel de la Couronne qu’ils reçurent Ferragut, Régis, Verchière et Vachon et leur exposèrent les conditions du traité de paix. Ceux-ci promirent de cesser leurs courses, de rentrer chez eux et sollicitèrent une absolution
pléniaire de leurs méfaits, on dut la leur accorder. Le tuchinat venait de finir, il avait duré deux ans. Presque aussitôt, Pons Biordon, visiteur général de la gabelle, attaqua en justice les procureurs et habitants de Bagnols, qu’il accusait d’avoir favorisé la prise de son château d’Aiguèze. De très nombreux témoins des défendeurs furent entendut à Bagnols en l’hôtel de la Blanche Cloche, à Alès en celui de la
Croix de Fer, à Uzès en celui d’Imbert, à Aiguèze en celui de Barnouin. Le témoin Jacques Fabre 35 ans de Bagnols raconte comment il fut enrôlé de force dans l’armée du tuchinat. Il revenait de cultiver sa vigne, son ayssade au cou, lorsqu’il rencontra au delà du pont le chef tuchin Verchière avec trente des siens. Ceux-ci lui firent cacher son outil dans un buisson et lui intimèrent l’ordre de les suivre à Aiguèze.
Arrivés là on lui fit jurer fidélité sous peine de mort, il jura par crainte. Mais quinze jours après ayant été envoyé en mission avec d’autres tuchins à Bagnols, il leur faussa compagnie, se tint caché dans la ville et ne se laissa plus prendre. Le témoin Guillaume Vidal, frère mineur du couvent de Bagnols, rapporte que se rendant au Saint Esprit pour y prêcher la nativité de la vierge, il rencontra le 8 septembre 1382
le frère Jean de Ferrare en compagnie d’autres tuchins. Jean de Ferrare salua le religieux et comme il le connaissait bien l’invita à boire. Il lui dit qu’il revenait avec ses camarades du château d’Aiguèze et qu’il était à même de lui vendre du blé rapporté de là. Mais frère Vidal répondit qu’il n’en avait pas besoin. Les pouvoirs furent sans clémence, Verchière et Bernard Régis durent être exécutés sans retard puisque
leurs épouses Mathéam et Mélinam sont qualifiées de veuves dans l’instruction du procès Biordon.”