CC3 - Compoix 1734
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Un compoix était un cadastre écrit indiquant avec précision tous les biens immobiliers que possédait un individu, leurs localisations par confronts, leurs superficies et surtout leurs estimations basées sur la qualité des terrains ou des habitations. Le compoix ainsi établi permettait de répartir équitablement les impositions dont chaque tenancier devait acquitter annuellement.
La confection d’un pareil document représentait un travail énorme, que ce soit sur le terrain que devait parcourir l’arpenteur expert, accompagné ici d’un deuxième arpenteur et de trois indicateurs désignés par la communauté et connaissant bien les lieux, ou que ce soit en travaux d’écriture qui demandaient à eux seuls plusieurs semaines de travail. En ce qui concerne le compoix de 1734 on peut estimer qu’il a fallut au minimum deux années de travail pour le réaliser.
L’adjudication du compoix était faite au moyen d’enchères publiques qui avaient lieux à la sortie de la messe devant l’église et ce durant trois dimanches consécutifs. Dans le préambule on nous cite trois personnages qui se seraient présentés pour "moins-dire". Les enchères durent être rudes puisque des 3500 livres proposées par le premier, elles finirent à 2500 livres.
Si le compoix parait être l’outil idéal pour une répartition de l’impôt royal, il possédait néanmoins de sérieux inconvénients à l’usage. En effet celui-ci représentait une réalité éphémère, et par le jeu de ventes, d’échanges ou de successions pouvait vite devenir inexploitable sans une constante remise à jour. Cette remise à jour devait normalement se faire dans un registre séparé appelé "livrette" ou "brevette", mais bien souvent elle avait lieu sur l’original.
Le compoix de 1598 était si surchargé qu’il était devenu impossible de s’en servir, si bien que la répartition de l’impôt royal se faisait de façon plus ou moins anarchique,
on imagine aisément les mécontentements engendrés par une telle situation. La confection d’un nouveau compoix devenait absolument indispensable pour tout faire rentrer dans l’ordre, même si cela allait fortement endetter la communauté.
Mais la communauté d’Aiguèze et de St Martin n’en était pas à son premier coup d’essais, dans l’inventaire des titres établit à la fin du XVIIème siècle on y signale l’existence de trois compoix appelés “présages”. Le plus ancien, établit en 1545, est toujours conservé en mairie (voir). Le second de 1578, établit par Bertrand Reboul et Raymond Defurne, n’existe plus.
Le troisième établit en 1598 par Clément Guigon de St Just a également disparu. Ces compoix auraient été versé sous l’ancien régime aux archives du diocèse comme toutes les communautés en avaient l’obligation.
Voir le préambule »»
Les impositions
Aiguèze et St Martin, comme une bonne partie du sud de la France, appartenaient aux “Pays d’état” où l’on pratiquait la taille réelle, c’est à dire que cet impôt royal était calculé non pas sur les revenus comme c’était le cas dans les “Pays d’élection” mais sur le bien-fonds. La taille réelle avait la réputation d’être beaucoup plus juste, les nobles, grands propriétaires terriens participant largement à son acquittement alors que dans les pays d’élection ils en étaient exemptés.
Estimations des parcelles
Les parcelles étaient bien sûr imposées par rapport à leurs surfaces, mais également suivant la qualité du sol et classées de la première à la cinquième “estime”. L’estimation devait se faire à l’analyse de visu de la terre ou de la végétation qui la recouvrait. Néanmoins il devait exister des critères biens précis pour pouvoir émettre un jugement, ces critères ne sont malheureusement pas développés dans le préambule du compoix.
Les présages
Les présages correspondaient aux tarifs des estimations et aux surfaces de chaque parcelles. Ces tarifs, détaillés dans le préambule, bien qu’utilisant les monnaies en cours ne représentaient pas une somme à payer mais un pourcentage du montant des impositions dont devait acquitter la communauté chaque année. Tous les ans le greffier devait donc calculer la valeur de la “livre de compoix” par rapport au montant total de la taille pour ensuite faire la répartition sur chaque tenure.
Pour se faire une idée de l’incroyable calcul auquel devait se livrer tous les ans ledit greffier voici quelques chiffres, à vous de trouver la solution (sans calculette!): En 1745 la communauté doit acquitter au diocèse la somme de 3458 livres 16 sols 8 deniers, sachant que le présage total du compoix d’Aiguèze est de 129 livres 10 sols 5 deniers pitte, combien payera André Allauzen avec un présage de 2 livres 17 sols 11 deniers pitte ?
Quand vous aurez la réponse il faudra faire de même pour les 183 autres tenanciers...
Le compoix en détail
Le bâti
Plusieurs types de constructions sont signalés dans l’enceinte du village: La maison d’habitation, la paillère où l’on engrangeait la paille, la finière pour le foin, la maison découverte qui était une bâtisse ayant perdu sa toiture mais dont le rez-de-chaussée voûté permettait de s’en servir comme grange, le chazal qui désignait la maison en ruine, et enfin la place de chazal, état final d’une ruine dont il ne restait que les soubassements.
Dans le compoix les bâtisses étaient imposées suivant leurs surfaces au sol et non par rapport à leurs surfaces habitables, par ce système aberrant, les ruines malgré un présage deux fois moindre étaient finalement plus imposées que le reste du bâti.
Les moulins
Sur notre compoix cinq moulins sont signalés: deux à Saint-Martin et trois à Aiguèze. Il en existait deux sortes, ceux utilisant la force hydraulique et donc situés près de cours d’eau, et ceux utilisant la force animale, également appelés "moulins à sang". Trois moulins faisaient partis de la première catégorie, le plus important appartenant au seigneur des lieux était situé à Saint Martin à l’emplacement du moulin actuel. Ce moulin servait indifféremment à moudre le grain ou bien à presser les olives.
Une retenue faite de pieux fichés dans le lit de la rivière et de branchages forçait l’eau vers la roue du moulin. Les deux autres moulins, situés sur Aiguèze, utilisaient la force motrice du ruisseau et offraient bien sûr un rendement moindre et aléatoire suivant le niveau des eaux. Le premier, implanté au quartier de la Malautière et appelé “moulin de Piolenc”, appartenait à André Plantin de Villeperdrix, personnage qui habitait Pont Saint Esprit et donc classé parmi les fôrains. Le second, situé sur le terroir de la Roquette, appartenait à Joseph De Meiras, seigneur de la Roquette et co-seigneur de Saint Marcel d’Ardèche, c’est le seul moulin de l’époque qui subsiste encore, même s’il a perdu sa vocation.
Les trois moulins dont il vient d’être question appartenaient à la noblesse, et chaque tenanciers avaient l’obligation d’aller faire moudre ou presser leurs récoltes au moulin de leurs seigneurs respectifs. Les deux autres moulins servaient uniquement à faire l’huile d’olive, la meule était entraînée par une mule. L’un d’eux appartenait à Joseph Barnouin, viguier d’Aiguèze, il était situé à l’intérieur du village d’Aiguèze, près de l’ancienne place, dans la Grand-Rue. L’autre était la propriété des habitants de Saint-Martin et situé sur la place du dit lieu.
Les fours à pains
On comptabilise huit fours à cuire le pain, un seul sur Aiguèze, celui de la communauté, et sept autres sur Saint Martin. Ces derniers appartenaient tous à des particuliers, à savoir quatre fours dans le village (Alexis Sarouille, André Dumas, Jean Meisselle et Claude Pradier), un au mas de Sauze (Michel Sarouille), un aux Alliberts (Jean Vernède) et un aux Granges (Louis Dumas).
Pour le four communal il existait des usages ancestraux. Tous les ans au mois de septembre avaient lieu les enchères publiques, il s’agissait de trouver au meilleur prix une ou plusieurs personnes pour faire cuire le pain de tous les habitants de la communauté. Celui, ou ceux, qui offraient le plus emportaient le marché, la somme retenue devant être versée au collecteur du lieu l’année suivante, le marché tournait entre 30 et 40 livres. Plusieurs clauses étaient à respecter, à commencer par la plus importante, celle de bien faire cuire le pain! Celle également de ne se servir que du bois improductif pris dans les bois commun.
Le four était mis en chauffe deux fois par semaine. Le fournier se faisait payer une livre de pain toutes les soixante livres cuites pour les gros pains, et une livre toute les quarante pour les petits pains. Le four communal se trouvait près de l’ancienne place du village, il n’en reste plus aucune trace aujourd’hui.
Les granges et “jasses”
Deux types de constructions sont mentionnés à l’extérieur de l’agglomération: Les granges et les “jasses”. Dans la première catégorie étaient compris les petits abris permettant de se protéger en cas de pluie soudaine, où l’on pouvait ranger quelques menus outils s’il y avait une porte pour en fermer l’accès. En faisait également parti d’autres bâtiments plus importants appartenant généralement à de gros propriétaires et où pouvait y vivre une famille de fermier, comme par exemple à la Boucouse.
Les “jasses” ou bergerie étaient situées à l’intérieur ou non loin des "patis commun". A une époque où les loups pouvaient faire de gros ravage dans un troupeau, ces abris constituaient un refuge sûr et permettaient au berger de goûter à un juste repos durant la nuit. De plus ces bâtisses évitaient au berger de rentrer le troupeau tous les soirs au village.
Les grottes
Deux grottes ou “baumes” sont signalées dans le compoix. La première est bien connue de tous les amateurs de préhistoire car c’est dans sa galerie principale que fut reconnu pour la première fois l’art rupestre. Cette grotte appartenait à Jean Chabot de Sauze, d’où son nom de "Grotte Chabot". Située au quartier de Ribeyrol, tout près de l’eau, cette grotte servait de bergerie et avait été aménagée à cet effet. Elle était imposée pour trente cannes carrées, les galeries obscures éloignées du porche n’étaient donc pas comptabilisées.
La seconde “baume servant de jasse” appartenait à Antoine Heraud de Sauze. Elle est située aux Baux ou Las Ondes (face à Sauze) et ne rentrait pas dans l’imposition. Il s’agit plus d’un abri sous roche que d’une grotte à proprement parler.
A noter que pour leurs propriétaires ces deux bergeries naturelles se trouvaient de l’autre côté de l’Ardèche, et qu’il leur fallait user de barques pour joindre leurs troupeaux. Mais cette particularité n’était pas rare, nombreux étaient ceux qui possédaient des terrains de l’autre côté du rivage.
Quelques chiffres
Surface de l’ager (Aiguèze-Saint Martin) : 674 hectares 22 ares 92 centiares.
Nombre de tenanciers : 184.
Maisons : 13 629,8 m²
Cours : 8 876,8m²
Ruines : 1 336,5m²
Le seigneur : 129 h 30 a 17 ca soit 19%
Les forains : 40 h 95 a 19 ca soit 6%
Les résidants : 503 h 97 a 56 ca soit 75%
Les terres nobles : 100 h 21 a 69 ca soit 15,5% (défiscalisées)
Terres à semer : environ 285 hectares soit 42%
Vignes : environ 140 hectares soit 21%
Olivettes : environ 97 hectares soit 14%
Hermas : environ 77 hectares soit 11%
Autres : environ 78 hectares soit 11%
Répartition
80 tenanciers ont un présage inférieur à 10 sols.
45 tenanciers ont un présage compris entre 10 sols et 1 livre.
26 tenanciers ont un présage compris entre 1 et 2 livres.
5 tenanciers ont un présage compris entre 2 et 4 livres.
3 tenanciers ont un présage supérieur à 4 livres.
Liste des tenanciers cités dans le compoix
AIGUEZE
| ALLAUZEN André |
ALLAUZEN Antoine |
ALLAUZEN Pierre |
| ANGERIC Charles |
ANGERIC Claude |
ANGERIC Jean-André |
| ANGERIC Pierre |
ALLIGNOL Etienne |
AUDEFRET Thérèse |
| BARBEIRAC Louis |
BARNOUIN Antoine |
BARNOUIN Antoine (Autre) |
| BARNOUIN Catherine |
BARNOUIN Isabeau |
BARNOUIN Jean |
| BARNOUIN Jean (Autre) |
BARNOUIN Joseph |
BARNOUIN Louis |
| BARNOUIN Pierre |
BELLEVILLE Anne |
BELLEVILLE Etienne |
| BERNARD Antoine |
BONHOMME Françoise |
BONHOMME Pierre |
| BRUGUIER Joseph |
|
|
| CABASSUT Louis |
CASTANIER Laurent |
CHABOT Jean |
| CHABOT Jean (Autre) |
CHAMBON Joseph |
CHANNAC Jean |
| CHATEING Claude |
|
|
| DUBOIS Jean |
DUBOIS Louis |
DELARQUE Louis |
| DIVE Jean |
DUCROS Joseph |
DUCROS Sauveur |
| DUCROS Simon |
DUFOUR Louise |
DUFOUR Pons |
| DUPIN Glaude |
DURIEU Claude |
DURIEU François |
| DURIEU Joseph |
DURRAND Jean |
DURRAND Pierre |
| DURRAND Simon |
|
|
| FIGUIER Claude |
FLANDIN Jean-Baptiste |
FREISSINET Olivier |
| GAUTIER Jacques |
GRANIER Pierre |
|
| JAMME Claude |
JEUNEHOMME Antoine |
JEUNEHOMME Simon |
| JOYEUSE Pierre |
|
|
| LAURENT Claude |
LAVAL François |
LAVAL Simon |
| MAURIN Joseph |
MAZET Jean-Baptiste |
MAZET Magdeleine |
| MAZET Marie |
MOYNIER Jean |
MICHEL Louis |
| PAGES Antoine |
PAGES Raimond |
POUZOL Jacques |
| PRADIER André |
PRADIER François |
PRADIER Jean |
| PRALONG Jean |
PRIVAS Vincent |
|
| RAOUX Marie |
REDON Marguerite]] |
REVIRE Jean-Baptiste |
| REYNAUD François |
RIEU Antoine]] |
RIEU Antoine (Autre) |
| ROCHE Charles |
ROCHE Claude |
ROMANET Joseph |
| ROUBAUD Jean |
ROUGNON Antoine |
ROURET Honorat |
| ROUVIER Etienne |
|
|
| SAUT Louis |
SUAU Catherine |
SUAU Marie |
| TOURRE Marie |
TOURRE Françoise |
|
| VIGNAL Anne |
|
|
SAINT-MARTIN-D’ARDECHE
| BARNOUIN Jean |
BERINGON François |
BONDURAND Jean |
| BOUVIER Antoine |
BRUN Joseph |
BRUNEL Anne |
| CABROL François |
CASTANIER Jean |
CHABERT Jean |
| CHABOT André |
CHABOT Antoine |
CHABOT Charles |
| CHABOT Jacques |
CHABOT Jean |
CHABOT Jean (Autre) |
| CHABOT Louis |
CHABOT Pierre |
CHARDET Jean |
| DUMAIN André |
DUMAS André |
DUMAS André (Autre) |
| DUMAS André (Autre) |
DUMAS Jacques |
DUMAS Louis |
| FONTANILLE Joseph |
|
|
| HERAUD Antoine |
|
|
| JULLIEN Guillaume |
|
|
| MANDIN Jean |
MAURIN Marie |
MEISSELLE André |
| MEISSELLE Jean |
MEISSELLE Jean (Autre) |
MEISSELLE Simon |
| MERLET Jacques |
MERCIER Pierre |
MOMMARD Marie |
| PAGES Jean-François |
PRADIER Claude |
|
| RAMIERE Jean |
RAOUX Jean (Hoirs) |
RAOUX Raymond |
| ROBERT Jean |
ROCHAS Michel (Hoirs) |
ROCHE Jean |
| ROURRET Antoine |
ROURRET Bertrand |
ROURRET Catherine |
| ROURRET Claude |
ROURRET Claude (Autre) |
ROURRET Jean |
| ROURRET Jeanne |
ROUZIERE Marie |
|
| SAROUILLE Alexis |
SAROUILLE Michel |
SUAU Aymard |
| SUAU Claude |
SUAU Jean |
SUAU Jean (Autre) |
| SUAU Jean (Autre) |
SUAU Louis |
SUAU Louis (Autre) |
| SUAU Michel |
SUAU Pierre |
SUAU Pierre (Autre) |
| VERNEDE Jean |
VERNEDE Pierre |
VILLE Paul |
| VILLE Jean |
VILLE Louis |
|
FORAINS
| BERNARD (Barjac) |
CENSION (Barjac) |
GELLY Louise (Barjac) |
| GRAFFAND Jean (Laval) |
PLANTIN André (Pont) |
DUPUY Jean (Salazac) |
| AUBERT Antoine (St Marcel) |
CHABAS Jean (St Marcel) |
DE MEIRAS Joseph (St Marcel) |
| LAVILLE André (St Marcel) |
SALADIN Simon (St Marcel) |
BERNARD Claude (St Just) |
| BORNE Pierre (St Just) |
CANUEL Françoise (St Just) |
COULOMB Mathieu (St Just) |
| GUERIN Louis (St Just) |
PIJOULAS Jean (St Just) |
ROUSSEL François (St Just) |
’’Source : "AIGUEZE-ST MARTIN 1734 Copie et analyse du Compoix" Le Récataïre 1997.’’
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